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Quel avenir pour les sites emploi quand l’offre d’emploi vaut de moins en moins ?

Quel avenir pour les sites emploi quand l’offre d’emploi vaut de moins en moins ?

Alors que Viadeo est placé en redressement judiciaire et que Leboncoin et Figaro Classifieds semblent s’intéresser à ses actifs, où en est le marché des sites emploi en France ? Quel est le modèle économique ? Quelle est la valeur d’une offre d’emploi aujourd’hui ?

C’est un marché en totale transformation qui se trouve aujourd’hui à un carrefour. Les gagnants vont se décider dans les prochains mois. Petit tour d’horizon avec mon point de vue sur le sujet.

 

Rachats, disparitions, nouveaux acteurs, les sites emploi n’ont jamais connu un tel foisonnement

Les sites emploi sont en plein paradoxe. Ils sont pour beaucoup vus comme archaïques face aux nouvelles façons de trouver un boulot. Beaucoup de RH et recruteurs disent qu’ils veulent moins s’appuyer sur les annonces pour identifier les talents. Pourtant, beaucoup de sites emploi sont en progression et se portent même plutôt bien. Sur 2016, Figaro Classifieds et RegionsJob voire Meteojob affichent des croissances entre 5 et 15%.

C’est un marché qui continue de se développer sur des niches ou des acteurs RH encore peu mûrs. Les acteurs traditionnels quant à eux négocient à la baisse leur budget jobboards.

Preuve du dynamisme du secteur et des opportunités encore présentes sur ce marché, de nouveaux sites emploi (j’utilise indifféremment jobboard ou site emploi) se créent soit sur des niches ou même en régions. France Emploi (la nouvelle marque de Ouest France Emploi) ou l’arrivée avec une offre structurée de Leboncoin continuent à secouer le marché.

Je vous ai retrouvé le classement des sites emploi en 2015 selon Médiamétrie qui promet encore de bouger.

classement sites emploi 2015

Vous rajoutez là-dessus l’arrivée avec des investissement massifs d’Indeed et le site Pôle Emploi et Apec qui s’améliorent constamment pour proposer des services proches de bases de données payantes.

Bref, c’est du jamais vu et c’est hyper excitant.

Vous rajoutez la disparition programmée de Viadeo et la place de LinkedIn, et la boucle est bouclée.

Pourtant, les changements ne font que commencer. Très clairement l’offre d’emploi devient une commodité, les entreprises ne sont plus prêtes à payer cher ou payer tout court ce service. Pour les sites emploi, l’enjeux est de créer du service et de la valeur autour de l’offre d’emploi pour justifier leur prix. Ce sont les services ajoutés et la position sur la chaine de valeur qui désigneront les gagnants de demain.

 

L’annonce devient une commodité = les entreprises veulent payer de moins en moins

Imaginez qu’il y a 5-10 ans, une annonce valait au minimum 800-1000 euros !! Oui vous avez bien lu !! Quand vous comparez aux prix payés maintenant, on est souvent plus proche du 10 fois moins.

L’offre d’emploi devient une commodité et va suivre clairement un prix décroissant. Les modèle au « tout payant » sont clairement challengés. Dans un environnement où tout le monde peut partager une annonce, la diffuser, où de nombreux sites sont passés en freemium, la valeur de l’offre d’emploi seule baisse. Les sites de niche avec des accès très privilégiés peuvent encore justifier de prix raisonnables mais pour les autres, la baisse du prix est inéluctable.

Comment les sites emploi peuvent se renouveler sur ce marché ? Et comment dans un marché dont la valeur pure décroit, on peut avoir autant de nouveaux acteurs qui se créent ?

jobboard freemium

Prenons le cas d’Indeed que je trouve fascinant car pour moi, cela préfigure le futur des sites emploi par certains aspects. Aux US, Indeed a gagné la bataille des sites emploi et est clairement le leader aujourd’hui. En Europe, il s’est fait une belle place au Royaume-Uni. La France le 3e pays en terme de valeur absolue en recrutement est encore à la traine. Les recruteurs français ne comprennent strictement rien à Indeed. Ils ne comprennent rien au modèle freemium qui fonctionne au résultat. Le manque de maturité des recruteurs français empêche encore le développement de ce type de modèle… mais c’est probablement une question de temps. Bref, la valeur n’est plus dans l’offre d’emploi chez Indeed mais dans la capacité à produire du résultats et des études par l’utilisation des données pour ses clients. Indeed déplace la valeur et s’adapte à un marché où la valeur s’est elle-même déplacée.

De la même façon, j’ai du mal encore à voir l’avenir pour les bases de données totalement payantes sur la durée. Pendant longtemps, tout le monde a cru que les réseaux sociaux allaient tuer les bases de données payantes des sites emploi. Il n’en est rien même si encore une fois, les prix ont décru fortement. Là encore, le client va aussi challenger les résultats et le nombre de profils présents… et surtout l’utilisation. Beaucoup de recruteurs s’abonnaient et se ré abonnaient à leur base de données sans même interroger leur utilisation. Aujourd’hui c’est de moins en moins le cas car le recruteur monte en compétences et en connaissance. De la même façon, après avoir testé la base de données d’Indeed totalement gratuite, je croyais qu’elle pouvait porter un coup aux bases de données payantes mais le rajout d’un prix de 3 euros pour tout message envoyé limite les effets.

Le futur sera fait de profils toujours plus visibles même si beaucoup aiment vivre cacher… du coup, l‘importance et le prix de ces bases de données payantes et privatives subira forcément des tensions déflationnistes.

Pour les sites emploi, il va falloir ré interroger son modèle économique. Dans un contexte où l’annonce devient une commodité et où les prix vont continuer de baisser, comment je vais faire pour me développer ?

 

Quel modèle pour les sites emploi ?

Comment les sites emploi vont se développer à l’avenir ? Que vont-ils faire pour contrer la concurrence et un marché où la valeur de l’annonce baisse voire celle des bases de données ?

Je crois fondamentalement qu’avec la baisse de la valeur de l’annonce, les modèles économiques mixtes et basés sur le succès sont l’avenir pour les sites emploi avec des couches de services basées sur l’utilisation des données. La chance des sites emploi actuels ? Un marché des recruteur encore peu acculturé à la performance et au succès. Mais tout est une question de temps !

modele economique sites emploi

Je sais que certains ne seront pas d’accord car il y aura toujours besoin d’un modèle premium où les recruteurs paient pour avoir une annonce de qualité sur un site de qualité…mais il n’empêche. Dans un monde où tous les profils seront identifiables de plus en plus facilement, quel sera l’intérêt de payer ? Dans un monde où la valeur de l’information baisse à mesure que l’information augmente, qui va payer pour une commodité ?

Une façon de remonter la chaine de valeur de l’annonce ? C’est justement de proposer des services proches du marketing avec de la publication de contenu en lien avec une offre ou proposer une visibilité visuelle exceptionnelle comme ce que fait Welcome To The Jungle. On déplace la valeur de l’annonce vers une expérience recruteur et candidat qui soit la plus excellente possible avec de belles photos, de beaux visuels et une information simple et rapide.

Une autre voie se situe aussi dans ce que fait Glassdoor qui utilise les évaluations et les données laissées par les salariés pour proposer des produits hyper customisés dans la diffusion d’annonce. Le modèle serait ici d’exploiter un maximum de données (le fameux big data) pour générer des services autour et notamment autour de la candidature (matching…). La problématique serait donc d’avoir assez de données pour générer des résultats fiables et exploitables. Ce qu’un modèle freemium peut apporter.

C’est d’autant plus compliqué pour les sites emploi qu’ils doivent s’occuper à la fois des candidats et des recruteurs autrement dit gérer 2 entreprises en 1. Le site emploi est une place de marché avant l’heure avec toutes les contraintes que cela pose.

Marketing avec du contenu, utilisation des données pour des services exceptionnels et adaptés, une expérience visuelle et ergonomique exceptionnelle sont autant d’éléments qui vont permettre à un site emploi de sortir de la question de l’annonce « commoditisée ».

Recruteur un métier exposé !

Glassdoor aux portes de la France, Indeed qui investit à perte pour développer ses parts de marché malgré un marché peu acculturé, RégionsJob, Figaro Classifieds et Meteojob qui se portent plutôt bien, des offres gratuites (Pôle Emploi et Apec) de plus en plus performantes, Viadeo qui disparait… C’est quand même compliqué pour les recruteurs de s’y retrouver.

Le seul élément de comparaison pour un recruteur ? La performance et le test ! Ça ne marche pas, vous passez à autre chose !

 

Conclusion

Malgré les pressions déflationnistes, le marché des sites emploi est encore en ébullition. De l’arrivée de Leboncoin à la disparition de Viadeo, 2016 est une année faste en nouveautés et changements. De 800-1000 euros l’annonce il y a quelques années, le prix de l’annonce s’est écroulé. L’annonce n’est plus un sujet valorisé et les sites emploi doivent s’employer pour justifier leur prix. Du marketing à l’utilisation des données, l’avenir sera concurrentiel et surtout de plus en plus freemium et à la performance.

Pourtant il y a encore des clients qui paient le prix fort d’une annonce sans challenger le site emploi qui se doit de donner encore plus de valeur à son service. Je suis vraiment curieux de voir les résultats dans le futur.

Vous en pensez quoi ? Comment vous voyez ce marché évoluer ?

 

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13 Commentaires

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  1. Jeremy Dumoulin Déc 06, 2016 - 04:08

    Salut @Laurent !
    Encore un bel article bien articulé et intriguant!! Congrats!
    Perso, je pense qu’à ces données peuvent se rajouter la problématique IA dans les processus de recrutement et les accès big data que cela va entrainer et du coup on aura potentiellement (à terme) une double vision : autonomie des structures recrutant des profils « classiques » et visibles et quelques acteurs spécialisés dans la chasse avec une réelle et profonde approche candidats pour ceux qui seront « socialement inexistant » (sur réseaux sociaux/forum/web…etc).
    Pour ce qui est des annonces, les multidiffuseurs se feront surement une belle guerre en essayant d’avoir un maximum de référencement sur sites partenaires afin de gagner une belle visibilité via google…
    Qu’en penses-tu?

    Reply
    • Laurent Brouat Déc 13, 2016 - 08:30

      Bonjour Jérémy, Merci pour ton rajout et notamment la place des multidiffuseurs… de la même façon, la multidiffusion qui était une vraie valeur ajoutée il y a 5 ans devient une commodité avec la technologie de plus en plus fine. Cela ne coûte plus grand chose et de plus en plus d’acteurs l’ont intégré dans leur outil. La bataille de la visibilité via Google est probablement l’enjeux effectivement. Quand à la double vision, je ne saurais te dire… la visibilité sur le net sera la norme et l’invisibilité l’exception et du coup, la place des acteurs va se modifier comme tu le prédis… mais comment ? Je ne sais pas encore 🙂

      Reply
  2. Mulliez Déc 13, 2016 - 08:21

    Bonjour,
    L’article est intéressant.
    Mais… La publication du classement Médiamétrie 2015 est à modérer : Vous avez oublié Regionsjob. Médiamétrie « découpe » les 8 sites du support, un communiqué de presse avait été publié à ce sujet.

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    • Laurent Brouat Déc 13, 2016 - 08:27

      Bonjour Catherine, merci pour votre commentaire ! Je n’ai fait que prendre effectivement le dernier classement des sites emploi datant de 2015 connu et je le mettrai à jour avec celui de 2016 !

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  3. Fabien Déc 14, 2016 - 01:29

    Bonjour Laurent

    Article intéressant et dans l’air du temps. Je vous invite à consulter Jobboardfinder qui répertorie l’ensemble des job boards du monde et ceux que vous avez cités dans l’article également.
    A noter que nous sommes doté d’un puissant outil d’analyse d’audience en temps réel (M-1) sur chaque job board ! Vous aurez donc l’audience exact pour novembre 2016 afin de valoriser vos chiffres.

    Je reste prêt à échanger sur le sujet!

    Continuer ces articles de qualités 🙂

    Fabien

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  4. Lecharny Déc 20, 2016 - 07:05

    Bonjour Laurent merci pour cet article très intéressant. Néanmoins je ne voudrais pas paraitre tatillon mais le postulat de départ est un peu erroné. EnFrance une offre d’emploi n’a jamais coûté 800/1000 euros ! En prix tarif les annonces les plus chères tournaient autour de 650 euros. Mais avec un peu de volume et surtout en étant accompagné par une bonne agence de communication RH experte, payer plus de 200 euros/annonce était un véritable exploit. C’est vrai que la valeur de l’annonce a encore baissé mais surtout pour les recruteurs bien conseillés. Pour le reste et le grand bouleversement je te rejoins à peu près mais le conseil que ne donnerais aux recruteurs : dans ce monde en constante évolution, faites vous accompagner d’une agence de communication RH experte en achat d’espace et outils pour le sourcing et le dvt de votre marque. Rien de mieux que d’être entouré se vrais professionnels et de vrais praticiens. Si vous souhaitez apprendre à recruter c’est #TrueAcademy qu’il vous faut. Pour acheter c’est une bonne agence qu’il vous faut. Le monde est simple en fait 😉 Bonne journée

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    • Laurent Brouat Déc 20, 2016 - 09:52

      Hello Loic, effectivement tu es tatillon… 🙂 j’ai connu des entreprises qui payaient bien ce prix ! Peut-être qu’elles payaient déjà trop cher!! Si j’ai bien compris, il faut passer par une agence pour avoir moins cher grosso modo. Le coeur du sujet est aussi dans la valorisation de l’offre d’emploi car le prix n’est plus vraiment clé (sauf sur des énormes volumes tu me diras). Et merci pour la pub sur #TruAcademy !

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